MUSICOTHERAPIE

« Des résidents se lèvent et se mettent à danser »

« Quelle surprise de voir des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer réciter une chanson entière sur le bout des doigts : un air, une mélodie et les paroles leur reviennent. Une évocation, une scène imaginaire, une mise en scène et les souvenirs réapparaissent ».

Cela se passe durant les ateliers de musicothérapie qu’animent Candy Franquart dans les Ehpad de Frontignan (Hérault) ainsi qu’à domicile, par le biais du Ssiad local.

La musicothérapeute a bien d’autres anecdotes à raconter sur les effets de ses ateliers : « Durant les séances, certains résidents se lèvent et se mettre à danser, d’autres qui n’ont a priori plus la capacité de parler se mettent à fredonner. Enfin, une dame aveugle, qui ne participe à aucune animation dans l’établissement, a pris l’habitude de « jouer » de la flûte à bec pendant les séances ! »

La musicothérapie auprès de personnes âgées atteintes de démences et autres maladies dégénératives permet de partir d’un langage parfois désorienté pour aboutir à un nouveau mode de communication. La musique peut déclencher des réactions non verbales, telles que les clignements des yeux, les regards, les gestes, les manifestations physiques, les mimiques, les mouvements de tête, les changements d’expressions verbales… La moindre réaction fait vivre le patient. 

Les séances de musicothérapie permettent de donner des repères, de ralentir l’évolution de la maladie, de réduire l’agressivité… Faire l’effort d’aller chercher sa voix et vivre des moments d’action dans un groupe donnent aux participants la possibilité de reprendre conscience de leur être intérieur et réactivent leur identité souvent effacée. Les personnes atteintes de démences ont un besoin permanent d’être stimulées.

Avec un support musical, c’est au corps que l’on s’adresse, par le biais de sensations auditives et de vibrations (celles que l’on entend et celles que l’on produit). « Nous ne pouvons pas parler de progrès mais d’accompagnement et de changements », précise Candy Franquart, qui part toujours des potentialités restantes du patient. Comme les autres musicothérapeutes, elle passe par plusieurs types de prise en charge :

–  La musicothérapie active : cette technique repose sur des instruments mélodiques, rythmiques et la voix qui stimulent la communication à travers des jeux instrumentaux, sonores. Elle permet au malade de s’exprimer, d’improviser, d’imaginer (imitations, jeu de questions/réponses, jeu à partir d’un thème…). La voix, les sons sont également très importants. L’utilisation de chansons sert à travailler sur la mémoire à long terme (restitution de paroles, souvenirs autour de ces chansons…). Les percussions corporelles, l’utilisation des capacités motrices permettent de travailler sur l’implication corporelle.

– La musicothérapie réceptive : l’écoute d’un programme musical stimule l’énergie imaginative de la personne âgée, développe sa concentration et sa mémoire. Cette technique fait resurgir des émotions et des souvenirs, parfois enfouis. Le patient exprime son vécu, son ressenti, imagine une scène, puis exprime ses goûts et préférences.

– Enfin des séances de détente psychomusicale : elles ont pour objectif d’inviter la personne à se détendre en prenant conscience de sa propre respiration et du toucher en suscitant une écoute active liée à la détente corporelle.

« Les séances sont réalisées soit individuellement, soit en groupe, une fois par semaine à horaire fixe. Elles durent entre 30 minutes et une heure, précise Candy Franquart. Le respect du cadre est très important, cela permet d’avoir des repères (lieu, horaire, participants, thérapeute, respect de l’atelier). Des rituels sont mis en place, les séances sont toujours calquées sur un déroulement type, ce qui rassure les patients et mobilise leur énergie sur cet espace-temps de la séance. »

La musicotherapeute, qui peut se faire aider au cours de ses séances des AMP voire des animateurs lors d’ateliers musique réunissant personnes âgées et enfants, se sert toujours d’instruments adéquats. « J’utilise souvent des lames sonores individuelles – cela s’apparente à des métallophones dont chaque lame est indépendante-, des maracas, des grelots, des tubes résonnants… Le choix des instruments est adapté à chaque résident, suivant ses capacités motrices. Par exemple, une résidente a de très petites mains. Pour ne pas la mettre en échec et lui donner la possibilité de produire des sons, je lui propose un instrument de petite taille. En séance individuelle, je travaille avec une personne qui tremble beaucoup et éprouve des difficultés à taper sur les lames sonores. Je lui propose donc des lames beaucoup plus grosses pour intensifier le son qu’elle produit. Enfin, il faut garder en tête que chaque individu a un vécu et une sensibilité différente et qu’une chanson peut évoquer de la tristesse pour une personne et rappeler de bons souvenirs à une autre. »

Afin de devenir musicothérapeute qualifiée, Candy Franquart a obtenu son diplôme à l’issue de trois années de formation comprenant, outre la pratique de la musicothérapie, des cours de neurologie, de psychologie et de  psychopathologie. « J’ai effectué mon stage de dernière année en maison de retraite. J’avais envie d’entrer en communication avec les malades Alzheimer, envie de mettre en place un nouveau moyen de communiquer, de recréer des liens avec leur famille, leur entourage… La musicothérapie, qui est une prise en charge thérapeutique à part entière à ne pas confondre avec l’animation, est de plus en plus reconnue, surtout en maison de retraite et tout particulièrement avec le public Alzheimer. »

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