Les jardins thérapeutiques : des lieux d’animation et de bien-être

Public accueilli : Personnes âgées

Lieu : Paris (75)

Date : 2018

Dossier réalisé par Jeanne MarieAnimagine

« Le jardin est indispensable, c'est un lieu de rencontre, une ouverture sur l'extérieur. Quand on se lève le matin et que l'on voit le parc, c'est un plaisir pour les yeux ».

En quelques mots, cette résidente du foyer-logement communal le Passy-Flore à Passy (Haute-Savoie) a résumé tout ce que les études, plans et recommandations véhiculent depuis plusieurs années : les espaces verts dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées sont incontournables pour garantir le bien-être des résidents. Que les établissements soient implantés en ville ou à la campagne, qu’il s’agisse d’un mini-jardin ou d’un grand parc, cet espace est le lieu privilégié de l’articulation entre « le dedans » et « le dehors », propice à la réalisation d’activités agréables. Il n’y a pas encore d’injonction à créer un jardin mais ce dossier propose des pistes de réflexion et des témoignages de ceux qui ont trouvé le moyen de rendre attractifs et vivants les espaces extérieurs attenants à leur structure.

Aucun jardin ne ressemble à un autre. La région dans lequel il est installé, l’usage auquel il est destiné, sa configuration, les résidents mais aussi les professionnels de l’établissement, influent sur ce qu’il est et deviendra. Le jardin d’une maison de retraite peut être une interface avec l’environnement de proximité, ou encore un espace de rencontres avec les visiteurs des résidents ou les habitants du voisinage afin de lutter contre les représentations négatives associées aux lieux où vivent des personnes âgées. En effet, le jardin donne souvent une image de l’établissement car c’est la première chose que l’on voit avant d’y pénétrer. Il participe à leur « humanisation ». Certains établissements, comme celui de l’Ehpad Vitalité Sérénité à Toulouse (Haute-Garonne), ont la chance de pouvoir bénéficier d’immenses surfaces : bien que située dans une grande métropole, la résidence donne directement sur le grand jardin public de 2,5 hectares aménagé en reliefs ondulant de collines, clairières et chemins creux. Celui de l’Ehpad Nauton Truquez de Peyrehorade (Landes), commune de 3 500 âmes, comprend un domaine de plus de 22 000 hectares tandis que la Résidence de la Forêt à Chantilly (Oise) jouxte une forêt domaniale. Au centre hospitalier de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), la cafétéria, ouverte au public, est située dans le grand parc en face de l’étang. Au sein de la résidence La Closeraie à Ballots (Mayenne), le jardin constitue un raccourci très apprécié reliant le cœur du village et l’école toute proche. D’autres établissements ont des surfaces plus petites, parfois cachées, qu’elles ont su exploiter : casée en plein centre-ville, au cœur du quartier historique d’Amiens, la maison de retraite Korian Samarobriva est dotée d’un beau jardin privatif et sécurisé, avec du mobilier de jardin. Quant à la résidence Les Chenets de Courbevoie (Hauts-de-Seine), elle a proposé à des habitants de la ville qui n’ont pas la chance d’avoir un jardin de s’occuper de son espace vert de 500m2. D’autres résidences citadines ont des petits espaces et s’en sortent plutôt bien – l’Ehpad Marcelle-Devaud à Colombes (Hauts-de-Seine) ou l’Ehpad de Nazareth à Orléans (Loiret). Dans le pire des cas, un balcon ou une terrasse aménagée servira à organiser des moments conviviaux et permettra aux personnes âgées de simplement prendre l’air. Parfois, le frein à l’aménagement d’un jardin est purement financier : il est vrai qu’au coût lié à l’embellissement d’espaces verts s’ajoute celui des divers aménagements rendant les lieux accessibles et facilitant la circulation de personnes à mobilité réduite. Les coûts d’entretien doivent aussi être pris en compte. La maison de retraite de Hérisson (Allier) était devant ce type d’impasse et a trouvé une solution. Lors de la création de son unité spécialisée Alzheimer en 2008, le surcoût des travaux a amputé le projet architectural du patio avec un bassin et des bacs en hauteur pour des fleurs et plantes aromatiques. Le médecin de l’établissement a mobilisé des bénévoles, habitants et professionnels de la maison, qui, tous les week-ends durant six mois, se sont attelés au chantier. Des matériaux ont été offerts par des entreprises et des commerçants, un ancien couvreur, un ancien maçon ainsi qu’un éleveur de chevaux ont donné de leur temps ! A l’Ehpad Le Val Montjoie à Saint-Gervais (Haute-Savoie), c’est aussi un appel à la générosité qui va permettre l’ouverture prochaine d’un petit jardin des sens puisque les jardineries des villes avoisinantes ont fait des dons de fleurs.

Si le jardin est un lieu idéal pour varier les animations – potager, gym, chant, jeu de boules – il est aussi intéressant pour les équipes soignantes. Au Passy-Flore de Passy en Haute-Savoie, les kinésithérapeutes se servent de ce lieu fleuri pour faire marcher les personnes. Dans cette même résidence, située en plein sud face au massif du Mont-Blanc, la météo n’empêche pas les déambulations : « On déneige le petit chemin et les résidents l’empruntent sans problème. C’est très important pour les personnes âgées d’être dehors, elles ont besoin de prendre l’air été comme hiver », pointe Martine Moro, animatrice bénévole. Enfin, disposer d’un jardin au sein d’une structure, c’est aussi avoir la possibilité d’y accueillir des animaux. L’ambiance champêtre d’un jardin avec des lapins, poules, chats, chiens, oiseaux, ou même chèvres et moutons, apporte de la vie supplémentaire, des sujets de discussion et d’amusement, de conflit, et la possibilité pour les résidents de prendre soin, à leur tour, d’un autre être vivant.

Jardin des rencontres ou jardin des souvenirs ?

Face à l’intérêt croissant pour les espaces extérieurs et à leur développement dans les Ehpad, la Fondation Médéric Alzheimer a réalisé un rapport complet sur ce thème, rendant compte de la richesse et de la diversité des pratiques observées sur le terrain. Au cours de ce travail, elle a notamment constaté le souci constant des professionnels de recueillir l’avis, voire les propositions des résidents, futurs usagers du jardin, certains étant même impliqués lors de sa conception et de son aménagement. En ce sens, le jardin devient un espace de vie que chacun, résident, professionnel, membre de la famille, jeune enfant, visiteur, voisin, peut s’approprier à sa façon.

La Fondation a surtout défini des typologies de jardins : Le « jardin des rencontres » et le « jardin passerelle » constituent un support favorisant les liens familiaux et l’ouverture sur l’environnement local ; le « jardin en action », et le « jardin des sens et de la mémoire » deviennent prétextes à de nombreuses activités agréables et qui éveillent les sens ; le « jardin de la créativité » quant à lui ouvre la voie à l’imagination et à la valorisation des savoir-faire. Réciprocité et partage de compétences sont au cœur du « jardin de la transmission et du don ». Un jardin ouvre également la voie à l’inattendu avec des utilisations spontanées comme c’est le cas dans le « jardin liberté ». Le « jardin du souvenir », quant à lui, permet de garder la trace symbolique des personnes décédées. En négatif, se dessine un « jardin vitrine » qui, dépourvu de sens et peu investi par ses usagers, ne serait de facto qu’un « jardin alibi ». Quel est le vôtre ?

A lire sur http://www.fondation-mederic-alzheimer.org/  

Les « jardins thérapeutiques » Lors du dernier salon Santé Autonomie, Agevillage, en partenariat avec Pétrarque-Animagine, la FHF, le Synerpa, la Fehap, l’Unccas, l’association Jardins et Santé et Verdurable a remis six prix à des « jardins thérapeutiques ». Ces jardins visent en particulier la diminution du stress, de l’angoisse et la restauration de l’autonomie des résidents. Les lauréats – Ehpad, foyer-logements, accueils de jour et hôpitaux – ont été couronnés en fonction de la qualité des ateliers et animations proposées tout au long de l’année, de l’impact de l’action sur les personnes accueillies et sur la participation des résidents.

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