Jardin thérapeutique multi-sensoriel à l'EHPAD les Neuf Muses

Public accueilli : EHPAD Personnes âgées

Lieu : Issy les Moulineaux (92)

Date : 2017

Un jardin thérapeutique multi-sensoriel, cela ne s’improvise pas ! Eclairage par l’architecte paysagiste, Nathalie de Baynast.

L’EHPAD Les Neuf Muses (1) à Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine (92) a fait appel aux compétences de la société Pétrarque et de la paysagiste Nathalie de Baynast, pour aménager un jardin thérapeutique multi-sensoriel de 400 m2.

Explications à travers ce cas concret.  

Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser dans les jardins thérapeutiques multi-sensoriels ?

J’ai été formée à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles, où j’ai appris à donner du sens à l’espace. J’ai choisi cette spécialisation dans les jardins thérapeutique multi sensoriels, lorsqu’un de mes proches a dû vivre dans un EHPAD où tout me semblait froid, médicalisé, javellisé.  

Quels sont les principes fondateurs des jardins thérapeutique multi-sensoriels que vous concevez ?

Dans la philosophie des anciens, la quintessence est le cinquième élément qui assure la cohésion des quatre éléments : la terre, l’eau, le feu et l’air. C’est la substance la plus pure d’un être ou d’une chose, elle régit les cinq sens. A partir de ce concept, je crée des scénographies adaptées aux besoins sensoriels.

Offrir du 100% naturel est d’autant plus primordial quand la mémoire fait défaut. Généralement, chez les patients Alzheimer, un sens est resté en éveil. Si on le réactive, on fait rejaillir de l’émotion. Cela va donner naissance à des instants, même fugaces, de communication verbale ou non verbale, avec le personnel ou la famille

Comment cela s’applique-t-il dans le projet des Neuf Muses?

Il s’agit d’une surface de 400m2, qui va entièrement être aménagée en novembre prochain par une équipe de jardiniers que je vais coordonner. Pour s’adapter aux contraintes techniques et budgétaires, le chantier sera effectué en deux temps : lancement en automne et finalisation au printemps.

J’ai analysé l’existant pour fournir un diagnostic sincère des émotions qu’il suscite chez moi. J’ai pu ensuite proposer une structuration de l’espace, à partir d’esquisses et d’explications de mes intentions. Aux Neuf Muses, le pré-requis était de donner envie aux résidents de sortir, de bouger pour faire renaître les émotions.  

Comment le jardin thérapeutique multi-sensoriel peut-il susciter cette envie?

Il faut que le jardin thérapeutique ait du sens. Pour cela, il doit répondre aux besoins des résidents, avoir des usages bien définis et se décomposer en espaces clairement délimités.

Aux Neuf Muses, ma proposition est de diviser l’espace en trois parties. D’abord un square, conçu comme un cocon végétal : coupure avec les immeubles environnants, gazouillis des oiseaux qui se reposent sur les nichoirs, bruit apaisant de l’eau de la fontaine. La transition dans ce coin de verdure se fera au travers d’un tunnel des senteurs. A gauche, une petite cour de récréation avec une marelle et des tableaux noirs pour les enfants. C’est très important d’avoir un espace pour les enfants. Sinon, les petits se lassent rapidement et les adultes finissent par ne plus venir visiter leurs proches. Enfin, dans la grande partie droite, un espace potager. Dans la cabane du jardinier, les résidents vont pouvoir manipuler les outils et échanger sur le jardinage.  Rien de mieux pour rendre ce lieu de plantation bien réel ! De plus, le travail manuel pourra être encadré par la psychomotricienne ou l’équipe soignante.

Ce jardin doit redonner aux résidents une notion du temps, à travers des tableaux représentatifs des quatre saisons. Notamment grâce à des bacs de saison dans le potager ou des sapins dans le square en hiver. L’objectif est de leur offrir un espace où ils se sentent en nature, où ils pourront se promener librement.  

Comment avez-vous obtenu une palette végétale harmonieuse dans ce jardin ?

Après avoir délimité les espaces, j’ai pris en compte plusieurs paramètres : le budget qui est moins élevé pour un jardin naissant qu’un jardin clefs en main, l’ensoleillement et la terre pour le choix des arbres et des plantes (2) en fonction de leurs propriétés sensorielles. Pour apporter la couleur, le mouvement et la saisonnalité, 250 plantes se révéleront au fil des saisons. Ainsi les lilas ont été choisis pour leur feuillage et leur senteur, l’érable pour son tronc rugueux et le bouleau pour le contraste blanc noir de son tronc. Je privilégie les espèces naturelles, notamment au niveau des aromatiques pour minimiser la confusion dans l’esprit des résidents : pas de plante du type basilic citron mais du basilic avec l’odeur de basilic ! Ce tableau végétal a pris forme suite à un travail de simulation sur ordinateur et des tests en réel.  

Qui va entretenir ce jardin ? Comment va-t-il être utilisé?

Il faudra trouver un jardinier qui sera capable de l’entretenir et qui aura le contact facile avec les personnes âgées. Pour la partie potager, ce seront les résidents auxquels cela fera plaisir.

Toujours dans l’esprit que ce jardin thérapeutique doit avoir du sens, il faut que l’utilisation aille au-delà de la beauté pour le faire vivre. Un suivi est donc nécessaire pour l’utiliser comme un véritable support pédagogique, à travers des activités.

La deuxième phase serait de former l’équipe des Neuf Muses aux jardins multi-sensoriels à travers le prisme de la botanique. Au clair sur les propriétés des plantes, l’équipe saura mieux les utiliser avec les résidents. Je pense notamment à des cahiers d’activité de saisons, comme supports pédagogiques. Le but serait de former des équipes pluridisciplinaires pour monter ces ateliers de saisons et approfondir l’usage thérapeutique du jardin thérapeutique multi-sensoriel.  

(1) GMP : 838, 46 ETP pour 61 résidents, résidence 100% dédiée aux résidents atteints de la maladie d’Alzheimer

(2) selon la liste autorisée par la DDASS 

Extrait de la Revue Animagine

Fermer le menu